| +Accueil+Contact+Newsletter+Smartphone | ![]() |
|
Les endroits les + visités récemment
|
Les goélands
« Venez et voyez” (Jn 1,39)
Pascale, visiteuse de PSN depuis de nombreuses années nous offre son témoignage
J’ai été élevée dans une famille catholique pratiquante. Mais vers 22 ans, j’ai abandonné toute pratique religieuse. Malgré quelques weekends et camps JEC je ne me retrouvais plus dans le catholicisme. Les messes me paraissaient ennuyeuses sans grand élan spirituel avec des homélies du type « cours de morale ». On y évoquait bien un Dieu-Amour mais il me paraissait si loin. Et les mots péchés, culpabilité, sainteté raisonnaient un peu trop à mes oreilles. Je n’éprouvais aucune joie à être catholique. Jean-Paul II était pape depuis deux ou trois ans. Au rythme des JMJ il tentait de conquérir la jeunesse. Malgré son charisme, ses discours et ses actes coupaient l’institution catholique du monde de cette fin de XXieme siècle. Je n’appréciais ni les « shows » qui suscitaient une certaine papolatrie, ni les prises de positions de la hiérarchie. Et, je me sentais de plus en plus mal avec l’image de la femme véhiculée par l’Eglise : « soyez mère ou sainte au choix mais surtout taisez-vous ». Disons que c’est cela que j’entendais. Etre catholique n’avait finalement plus de sens, et pourtant je restais avide de spiritualité : l’homme ne vit pas seulement de pain (Lc 4,4). Au détour d’une randonnée en Inde du Nord, j’ai rencontré le bouddhisme tibétain. Dans les monastères, des moines rieurs nous invitaient à la prière. En Himalaya, l’ensemble du paysage est un appel à la spiritualité. Au détour des chemins, les chortens, monuments religieux rappellent les grands symboles du bouddhisme et invitent à la réflexion. Au sommet des cols, les drapeaux flottent au vent envoyant aux quatre coins de la terre leurs pensées positives. Les pierres prient, les rivières prient en faisant tourner les moulins à prière. Quand je suis revenue, dans la basse plaine alsacienne, j’ai commencé à me renseigner sur cette religion/philosophie dans laquelle les gens semblaient heureux et qui faisait chanter la montagne. Je ne peux pas faire ici un traité sur le bouddhisme, je n’en ai pas la place et encore moins les compétences. Je citerais simplement ce qui m’a touché dans ces enseignements. Bouddha, après avoir longtemps médité a enseigné les « quatre nobles vérités » qui sont : l’existence de la souffrance, la cause de la souffrance, la cessation de la souffrance et la méthode qui permet de déraciner celle-ci. Tous les maux de notre vie ne sont que des constructions de l’ego, qui lui-même est une création illusoire. Son apparence se perpétue au travers de trois maux : l’avidité, l’ignorance, la colère. L’homme peut faire cesser la souffrance en déracinant ces trois maux, et atteindre ainsi la pleine réalisation de son être. Cette réalisation peut prendre du temps et s’échelonner sur plusieurs vies, d’où un grand respect pour toute forme de vie. Chaque être, à force de pratique, atteindra un jour cette réalisation. Compassion, interdépendance, impermanence, méditation sont d’autres découvertes. Chaque être est responsable de sa voie, de ses choix. Au contact de cette religion/philosophie je trouvais beaucoup de nourriture spirituelle et beaucoup de pratiques concrètes pour vivre de manière plus paisible. Mais que faire ? Retourner en paroisse ? C’était perdu d’avance. Alors je me suis lancée dans des études de théologie à la Faculté de Théologie Catholique de Strasbourg. Quelles découvertes ! Découvertes des premiers siècles de l’Eglise où au milieu de luttes théologiques parfois féroces le credo a finalement était rédigé, découvertes des relations houleuses entre Eglise et pouvoir, découverte du sens des sacrements, introduction à l’histoire des religions et à l’hindouisme,… Ma plus grande découverte a été l’exégèse ou l’Ecriture dépoussiérée. J’ai redécouvert le Nouveau Testament dont les écrits puisent dans les traditions grecque et hébraïque pour délivrer un message orignal. Le temps passé à lire, relire les textes, à étudier un verset pendant des mois m’a ouvert les yeux sur la Parole. Parole mise par écrit il y a 2000 ans mais encore si actuelle. Ces années m’ont également prouvé, par des rencontres passionnantes que l’on pouvait être chrétien tout en osant mettre sa foi à l’épreuve de l’histoire, des sciences humaines ou des autres religions. La messe qui prend son temps : J’ai découvert sur internet (cathocus) un peu par hasard « La Messe qui prend son temps ». A Strasbourg, elle est célébrée une fois par mois à l’Eglise Saint Maurice. Le temps de cette messe s’organise autour de la liturgie de la Parole, la liturgie de la Table et j’ajouterais la liturgie de l’Accueil. Le Temps de la Parole. Après l’écoute de la Bonne Nouvelle tous se dispersent dans l’église pour contempler, méditer le texte du jour. Le silence qui s’établit alors fait parti de la prière; il n’est pas vide mais rempli du lien de chacun avec son Dieu. Chacun reçoit. Chacun partage avec ses voisins en employant ses mots. La Parole raisonne encore différemment. La Parole est belle (He 6,5). La Parole est vivante (He 4,12; 1 P 1,23). Par ce temps partagé elle rejoint chacun dans l’aujourd’hui de sa vie. Le Temps de la Table. En cercle autour de l’autel, chacun voit les visages, voit les mains qui s’ouvrent pour accueillir le Corps du Christ. Cette manière de se réunir donne le sentiment de faire communauté, d’appartenir au Corps du Christ (1 Co 12,27; Ep 3,6; Ep 4,12) et permet d’approcher un tout petit peu de ce Mystère toujours à découvrir du don de la Vie dans quelques miettes de Pain (1 Co 10,16; Jn 6,48). Le Temps de l’Accueil. Les mots de bienvenue, le pot de l’amitié, les échanges font entrer la vie quotidienne dans la célébration. Je suis devenue une fidèle de cette messe qui me nourrit. Cvx : Il me manquait encore quelque chose pour nourrir ma foi. Et voilà que sur ma route je croise la cvx (communauté vie chrétienne). C’est un mouvement de spiritualité ignacienne dont le slogan pourrait être « Chercher et trouver Dieu en toute chose même en son absence ». Le fonctionnement de la cvx se base sur des réunions d’équipes de 6 à 9 personnes. L’idée est de chercher ensemble la présence du Christ dans l’aujourd’hui de la vie de chacun. Etre ensemble permet de s’aider, de se décentrer par rapport à sa propre existence, de regarder son quotidien différemment. Je retiendrais de ce cheminement ensemble, la joie, le bonheur. Vivre la foi de son baptême avec d’autres rend plus vivant. Le christianisme religion du bonheur, de la liberté. Que de chemin parcouru ! En conclusion, je pourrais dire que je suis catholique. Je crois, pourtant, que toutes les religions peuvent être des chemins vers Dieu. Sans le bouddhisme, je n’aurais pas (re)trouvé le chemin du Christ. La connaissance d’une autre religion permet de contempler avec plus d’acuité les richesses de sa propre tradition. Regarder ce qui fait vivre l’autre est source d’enrichissement.
Pascale ZERLAUTH
pzx free.fr
|
Pascale ZERLAUTH
Dans cette rubrique
|
