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Les escales d'Olivier
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Le monde des sectes
Faut-il avoir peur des « sectes »...
Un nouveau fléau social français ?
Extraits d’une conférence donnée à Strasbourg au mois de mars 2001
Introduction
1. Des raisons légitimes d’avoir peur1.1. Dans un paysage religieux aux couleurs de supermarché, à côté de groupes religieux traditionnels (implantés de longue date ou plus récemment); des groupements non régulés, plus ou moins autosuffisants, plus ou moins ouverts ou fermés (du fait du message proposé, du responsable, du groupe), parmi lesquels
Autrement dit :
Pourquoi appelle-t-on « sectes » certains de ces groupes autorégulés ou non régulés par/dans des traditions religieuses ? D’autant plus qu’il n’y a pas de définition de la « secte » en droit positif. Non pas parce qu’il s’agit d’un groupe qui suit (= sequor) un maître, pas davantage parce le groupe visé s’est séparé (= secare) d’une tradition dominante, en suivant un maître hérétique ... (le danger était alors d’ordre doctrinal : cf. la secte des luthériens !). Pas non plus parce qu’il est question d’un non conformisme chrétien (cf. les sectes issues du christianisme), mais parce le groupe est dangereux au plan comportemental; ses activités illicites ou délictueuses relèvent du plan judiciaire : il y a atteinte aux droits de la personne, ou à l’ordre public. Le critère est donc celui de la dangerosité pour l’individu, pour le société civile. Il existe tout un panel de dérives possibles : des domaines et des degrés de sectarité et de dangerosité, jusqu’à une certaine forme de totalitarisme. La définition que la MILS (Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes) donne de la secte est effectivement : « un groupement - religieux ou non - à caractère totalitaire qui viole les droits de l’individu et l’ordre public ». Ces groupements sont autosuffisants, liberticides, enfermant, unanimiste et uniformisant, et « instrumentalistes ». Il est donc nécessaire de distinguer : entre groupe faisant preuve d’une dérive même grave ponctuelle, et groupes intrinsèquement dangereux du fait d’une doctrine criminogène, d’un responsable paranoïaque ou mégalomane, ... 1.2. Si nombre de ces groupes usent de moyens de séduction divers, de toutes les stratégies possibles (« vitrines », « paravents », sociétés et associations-écran, discours valorisants ou dévalorisants, de peur, culpabilisants), les dangers sont accrus dans les domaines non régulés :
1.3. On peut distinguer deux grands types de dangers pour la société civile selon que les groupements sectaires soient intra-mondains ou extra mondains.
Les événements tragiques dus à des dérives sectaires relèvent davantage de cette deuxième dimension, même si les groupements en question ont pu avoir des stratégies intra-mondaines à l’origine. Cf. les drames :
Cela étant dit, si on peut ainsi distinguer deux types de danger pour la société civile, les dangers encourus par les membres au sein de ces groupes ne présentent finalement que peu de différences. 1.4. La présence de ces groupements socialement controversés : En France:selon le rapport parlementaire : 172 groupes incriminés; 36 groupements de plus de 500 membres. Des groupes qui créent de nombreuses associations. Deux types de groupes :
Les groupes qui inquiètent le plus spontanément : les groupements dits apocalyptiques qui annoncent une fin des temps, une fin du temps, parfois imminente : une trentaine de ces groupes sur le territoire français... 1.5. Au terme, c’est toujours l’individu qui est malmené : témoignages dramatiques de sortants de « sectes » (des drames personnels, familiaux : des personnes déstructurées, qui ont le sentiment d’avoir été abusées moralement, spirituellement, financièrement, matériellement, sexuellement...) 1.6. Or, nous sommes tous des cibles possibles particulièrement lors d’accidents de la vie, de fragilités/fragilisations et ce qui est vrai de personnes, est également vrai de sociétés, entreprises, associations, pays. Certains pays de non-droit sont particulièrement exposés. En conclusion : Des faits inquiétants. Inconscience de les ignorer ou de se voiler les yeux. 2. Des informations, des faits pour raisonner et atténuer ses peurs2.1. La réalité du « public » touché et concerné. Selon le rapport parlementaire : 160000 adeptes au moins occasionnels, 100 000 sympathisants, soit 260000 personnes concernées, dont 130000 membres de l’organisation des Témoins de Jéhovah... Restent 130000 personnes concernées par les autres groupements... Cela représente en tout moins de 0,5% de la population française. S’agit-il là d’un fléau social ? au regard des accidents de la route, de l’alcool, du tabac, de la drogue, des suicides (cf. le chiffre tout récent de 12000 suicides annuels en France, dont 800 jeunes - deuxième cause de mortalité après les accidents de la route - etc.). Au risque de paraître cynique, les « sectes » depuis 1978 seraient à l’origine de 3000 décès (2236 comptabilisés exactement) dans le monde au grand maximum (dont 2000 dans deux groupes : 1978 et en 2000)... Il s’agit là d’un phénomène de « fuite » parmi d’autres de la société en crise... phénomène qui cache des déficits en amont : famille, sens, éducation, projet... 2.2. Des « victimes » oui, mais à partir de quand et jusqu’où ? Il s’agit-là d’une question très délicate. Quand commence-t-on à être victime ? à être dans un groupe malgré soi ? Beaucoup de personnes membres de groupes sectaires ne peuvent pas reconnaître qu’ils sont dans de tels groupes. Parce qu’ils y sont bien. Même lorsque leur liberté peut être amoindrie sinon inexistante, ils y sont bien. Doit-on vouloir que les personnes soient libres malgré elles ? L’entrée dans n’importe quel groupe est un processus relationnel.... Des personnes sont aujourd’hui heureuses d’être prises en charge, heureuses qu’on leur dise comment se comporter, comment vivre, que croire, que penser... 2.3. Des groupements dangereux, qu’est-ce à dire ? Les analyses comparatives des listes de groupes controversés et des motifs de mise en accusation, voire de condamnation est éloquente. Elles ne peuvent elles aussi que nous inviter à nuancer nos propos... et nos craintes. Le rapport parlementaire annonçait le chiffre de 172 groupements, une trentaine de ces groupes ont vigoureusement protesté, il a été reconnu que certains figuraient à tort sur ce listing..., on parle aujourd’hui de 40 groupements répertoriés réellement dangereux sur l’ensemble de la France. De plus un grand nombre de groupements cités dans les listes s’avèrent être des lieux de « passage ». Au regard de certains chiffres et statistiques, la « secte » apparaît être un lieu d’expérience, de passage, d’éveil... pour un certain nombre d’ « occasionnels »... On constate effectivement un très important mouvement (turn over) au sein de ces groupes... (nomadisme, zapping, ...). Ajoutons encore que les groupements qui peuvent présenter un réel danger du fait d’actions et de condamnations passées, du fait d’une doctrine dangereuse ou criminogène, ... sont connus pour la plupart, répertoriés et « suivis ». MILS, police, RG,... Et, en définitive, le phénomène des « sectes » est-il plus inquiétant que la montée de certains groupes identitaires, des groupes fondamentalistes et intégristes ? Est-il plus inquiétant que la confusion généralisée, l’inculture qui paraissent gagner du terrain dans le domaine religieux ? 2.4. Nous sommes dans un Etat de droit au sein duquel existent des moyens de droit. Au 31 juillet 1999, 134 enquêtes préliminaires étaient traitées par les parquets, 116 informations judiciaires étaient ouvertes.... concernant les dérives sectaires de certains groupements. Au début de cette année 2001, 260 affaires seraient à l’étude à la MILS. Il existe effectivement tout un arsenal juridique largement renforcé depuis quelques années :
Rappelons encore brièvement quelques mesures prises par les pouvoirs publics au cours des dernières années :
2.5. Enfin, il y a l’assistance, l’aide d’associations, et des Eglises.
En conclusion : ne pas succomber à la paranoïa... 3. Des moyens pour ne pas donner prise à la peur3.1. S’informer et informer... avant de s’inquiéter et d’inquiéter... 3.2. Des critères d’appréciation concernant le groupe, son message, son responsable. Trois domaines d’observation : A- Les relations au sein du groupe, et du groupe vers l’extérieur...
mais aussi :
et enfin :
B- Les manières dont sont vécus savoir, pouvoir et avoir dans le groupe C- Rapport du groupe à l’individu : le groupe est-il au service de l’individu ou le contraire ? Instrumentalisation constante de l’individu, du membre. Il n’a de valeur que parce qu’il est membre du groupe... 3.3. Vigilance concernant sa personne, ses proches.... Vigilance aussi par rapport à son regard et à sa critique : ne pas enfermer les groupes, ne pas porter d’accusations sans avoir connaissance de faits avérés, ne pas penser qu’ils soient incapables d’évoluer... 3.4 Les meilleurs moyens pour prévenir : sa qualité de vie, son équilibre, son environnement, ses relations (réseau relationnel : famille, amis, tissu associatif), ses engagements, ses convictions. Ni surévaluation des dangers qui risque de provoquer tous les débordements possibles jusqu’à la chasse aux sorcières... ni sous-évaluation qui risque d’entraîner une absence de vigilance.
Evolutions religieuses et nouvelles religiosités
Philippe LE VALLOIS
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